Amérique centrale – Le travail en période de confinement au Salvador du projet ICRIME

Publé le 24 avril 2020

« Le Salvador, petit état d’Amérique centrale (21.041 km2 pour 6,3 M. hab.), n’échappe pas au Covid-19. Ceci est d’autant plus problématique que le système de santé, de l’aveu même des autorités, est non seulement inégalitaire en temps normal, en l’absence en particulier de protection sociale, mais très insuffisant, surtout face aux conséquences désastreuses du virus sur les personnes malades et nécessitant des soins en urgence.  

Le 15 mars 2020, un état d’exception a été voté par le Parlement, visant à restreindre temporairement certains droits, notamment de libre circulation et de réunion. Par ailleurs les personnes qui entrent au Salvador sont systématiquement mises en quarantaine dans des lieux, semble-t-il, peu confortables ou improvisés. Ainsi, notre collègue expert médecin légiste, Maria Dolores MORENO, qui était partie en mission, notamment pour certifier des laboratoires au Panama, ne peut plus rentrer au Salvadorpour l’instant.Le 22 mars a été décrétée une obligation de confinement pour une durée de 30 jours à domicile. L’aéroport est fermé. Aucun vol n’est assuré.

Ces mesures raisonnables, destinées á éviter au maximum la contagion, sont cependant contrecarrées par la décision du même gouvernement, certes louable dans son principe, d’allouer aux plus démunis un subside de 300,00$ par famille, sans aucune préparation logistique. Ceci a pour conséquence des attroupements, quotidiennement, de dizaines de milliers de personnes qui viennent réclamer, dans la cohue, une somme que parfois les banques ne peuvent pas distribuer pour diverses raisons règlementaires ou pratiques. Cette mesure concerne au total 1,5 million de foyers. Cette situation ubuesque crée á l’évidence un énorme foyer potentiel de contagion. Officiellement, il y aurait le 03/04/20, 44 personnes contaminées et 2 personnes décédées.  (64 contaminés et 3 décédés le 06/04/20).

Le SICA, comme la plupart des lieux de travail, a fermé ses portes. Nous sommes donc invités à faire du télé travail.

J’ai la chance d´être installé dans un grand appartement, dans la Colonia San Benito, qui offre une vue impressionnante sur un des nombreux volcans actifs du pays, le Boqueron. Cela rend le confinement un peu plus supportable, même si j’égrène aussi les jours sans compte á rebours précis.

Notre projet a une vocation régionale et concerne plusieurs pays (Salvador, Guatemala, Nicaragua, Belize, République dominicaine, Panama, Costa Rica et Honduras). Parmi les activités programmées en 2020 figurent la production de guides pratiques sur des thèmes consacrés aux techniques spéciales d’enquêtes. Ces guides doivent être élaborés par des groupes de travail composés d’un procureur et d’un enquêteur spécialisés par pays. Il s’agit de la mise en place de 8 groupes de travail, comprenant 5 pays chacun ; cela supposait, initialement, une 1ere réunion présentielle dans un pays pour présenter et amorcer l’activité, puis des réunions par visioconférences ou des contacts par courriels. Cette 1ere réunion devra donc s’organiser à distance également, en visioconférence, avec l’appui logistique du SICA.

Je profite du confinement pour travailler sur des projets desdits guides qui peuvent servir de trames ou de modèles. L’élaboration de ces documents, que j’avais prévu initialement comme support, sera d’autant plus utile, à mon avis, que la 1ere réunion se fera à distance.

Je commence également à contacter des personnes ressources, par pays et par groupe de travail, afin de préparer les réunions á distance. Je n’ai obtenu, jusqu’à présent qu’une seule réponse positive d’une procureure du Guatemala. Toutefois, notamment avec l’appui du REFCO qui est un réseau de procureurs régional, je devrais avoir prochainement d’autres contacts utiles. Il convient de préciser qu’il s’agit, bien sûr, d’une prise de contacts préparatoire et officieuse, le SICA étant en charge des démarches officielles auprès de chaque pays. »

Robert AMPUY – Expert