Kirghizstan – Travail à distance

Publé le 2 juillet 2020

« Ma dernière activité principale à Bichkek durant cette année a été la table ronde sur les services légaux aux victimes de crimes de genre le 13 mars. Cette réunion a été le dernier pour un projet intéressant, elle a rassemblé plus de 50 participants et s’est déroulée dans les dernières heures des conditions de travail normal.

Le lendemain, j’ai pris l’avion à destination d’Amsterdam afin de rejoindre ma fille et mon mari. C’était un voyage prévu depuis longtemps, mon billet pour le vol retour à Bichkek était prévu le 22 mars mais je n’ai jamais pu l’utiliser. Durant cette semaine, les événements ont très rapidement pris une tournure brusque en raison de la pandémie de COVID-19. Le confinement était introduit à la fois en Europe et au Kirghizstan, les vols internationaux étaient annulés, et les activités en direct étaient interdites. Une période nouvelle et difficile, qui s’est avérée être plus longue que prévue, a commencé pour moi et mes collègues comme cela a été le cas pour des millions de personnes.

Au départ, nous attendions de voir où cette nouvelle situation allait nous mener. En réalité, j’ai apprécié être à la maison, tout comme ma famille et nos deux chiens étaient, je suppose, les plus heureux. Cependant, après une semaine, nous avons tenu une réunion urgente en ligne avec l’équipe ROLPRO2 afin d’évaluer les circonstances et faire un point sur les futures étapes. Notre réaction a été immédiate. Le télétravail n’était pas seulement recommandable, il était inévitable donc nous devions établir un plan d’atténuation au lieu du plan d’action approuvé par notre comité de pilotage.

Le plan d’action devait être reporté à des temps meilleurs. Trois visites d’étude en France, en Roumanie et en Bulgarie ont dû être annulées. Plusieurs missions d’experts européens et de formations au Kirghizstan ont également été mis de côté en attendant la levée du confinement. Je voudrais noter la compréhension totale avec laquelle ces annulations ont été respectées par les experts, les partenaires, les bénéficiaires et les participants.

Le plan d’atténuation a été élaboré en quelques jours, discuté avec les partenaires et l’équipe de gestion, et immédiatement lancé. Nous nous sommes concentrés sur ce qui pouvait être fait à la maison et en ligne. La formation en direct a été remplacée par une tenue sur Microsoft Teams ou Skype. Les experts court-termes étaient toujours mobilisés, non pas sur des missions à Bichkek mais à la maison, sur le développement de matériel pour les formations et les sessions de consultations. Les experts européens ont travaillé ensemble avec leurs homologues kirghizes en discutant et développant des notes conceptuelles, des modules de formation, des projets de loi, des analyses… Nous avons finalement produit un impressionnant nombre de résultats qui ne nous ont pas seulement préparés pour des événements en direct une fois que cela serait possible mais qui sont des résultats importants en eux-mêmes. Par exemple : des analyses comparatives sur la méthodologie d’une expertise anti-corruption des projets de loi à la demande du Parlement ; un concept sur la formation initiale pour avocats, le matériel pour des consultations avec des organes autonomes du système judiciaire ; des modules de formation pour les juges et les procureurs sur des sujets prioritaires… La phase 1 de l’élaboration de la plateforme de la formation en ligne pour le Lycée de la justice a été finalisée, à la fois dans son contenu et administrativement parlant. La base de données pour le centre de formation pour les procureurs a été finalisée et présentée.

Toutefois, nous avons rencontré des obstacles et des problèmes: la présentation de la base de données n’a pas pu se faire car aucun des procureurs n’étaient au bureau ; la formation était un vrai défi car la moitié des participants l’ont rejoint sur leur téléphone, le fournisseur internet a coupé la connexion pendant plus d’une heure, certains participants n’avaient pas les qualités informatiques pour installer et rejoindre les plateformes en ligne, ou tout simplement, quelqu’un d’autre de la famille utilisait le seul ordinateur de la famille ce jour là. Mais au moins, après la période de confinement, le Kirghizstan est certainement en route vers la digitalisation!

Cela a été un vrai défi pour moi et je dois admettre que j’ai apprécié. Mes inquiétudes et peurs initiales que j’allais passer des semaines à être inactive et que le travail allait prendre du retard, se sont rapidement dissipées. Il y a eu des jours où j’étais plus occupée que si j’étais au bureau, en réalité, c’était comme ça la majorité du temps! J’ai eu une importante charge de travail, auquel j’ai ajouté des discussions journalières et des échanges de mails avec mon experte nationale Zalina, ma chargée de projets JCI Armelle Giraud, des réunions d’équipe hebdomadaires et des réunions de gestion mensuelles, des discussions fréquentes avec les experts et les bénéficiaires, et une participation occasionnelle à des événements en ligne organisés par les autres donneurs et projets. La majorité de mes collègues travaillent de chez eux à Bichkek mais il n’y a aucune différence entre nous, le travail à distance est organisé de la même manière peu importe l’endroit.

Sans oublier, bien évidemment, qu’être à la maison signifie qu’il y a une charge inimaginable : les courses, la cuisine, la marche et l’éducation des chiens, plus particulièrement le chiot qui est arrivé aux Pays-Bas avec moi en mars, et enfin, passer du temps avec mon mari et ma fille. Nous n’avons pas le temps pour ça habituellement.

Voilà pourquoi je suis prête à aller me coucher pas plus tard qu’à 22h. Ma journée commence à 6h, ou plus tôt, quand nous avons une formation à Bichkek commençant à 9h ou 10h!

Maintenant que le plan d’atténuation arrive à une sorte de fin, comme nous avions prévu qu’il durait jusqu’à juin, nous devons donc en élaborer un nouveau. Les mesures de confinement vont être rétablies au Kirghizstan et le retour à Bichkek est reporté dans le futur, peut-être en Septembre. J’ai des sentiments partagés concernant cela, le côté positif c’est que je vais pouvoir passer plus de temps avec ma famille (et mes chiens) et explorer de nouveaux formats de coopération et de travail, mais le côté négatif c’est que les contacts avec les gens sont limités, des activités essentielles à notre Programme sont reportées, il n’est pas possible de voyager, et bien évidemment, il y a le risque associé avec une quelconque interaction et communication avec quelqu’un.

Cependant, les trois derniers mois nous ont rassurés mes collègues et moi sur le fait que nous étions capable de gérer ce type de situation, et correctement. La maison est réorganisée en trois bureaux, pour deux professionnels et une étudiante, ainsi, la communication internet n’est pas perturbée. Grâce aux emails, à whatsapp, skype, Microsoft Teams, Zoom, et touts les autres moyens et plateformes pour travailler à distance, la composante JCI du Programme ROLPRO2 a pu avancer, être utile et être bien préparée pour revenir à des affaires normales dès que les circonstances le permettront. En effet, c’est un nuage, mais nous sommes parvenus à trouver des éclaircis. »

Mme Radost Toftisova-Matheron